20.08.2008
Seigneur Dieu.
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23:00 Publié dans Notes à benner | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : mickael vendetta, big blue overture, baignoire, carreaux moches, be kind rewind
05.08.2008
Au paradis des velléitaires
On peut très bien être couchés-habillés sur un couvre-lit rouge, blanchi et décoloré par plus de trois cents lavages à soixante degrés. Sous un Velux très années 90. Et dire quelque chose comme :
« Oh tu sais, on pourrait se prendre un appartement ensemble.
- Un deux pièces ?
- Oui un deux pièces. Enfin je sais pas. Un grand studio peut être ?
- Avec un balcon.
Il souriait :
- Avec un balcon, ça va être dur à trouver.
- Tu veux vivre où ?
- Où tu veux.
- Mais où ?
- Avec toi.
- Mon amour.
- Attends…
Ce genre de questions-réponses. Un chien ? Un toit ? Des enfants qui ne crient pas ? Une vie imaginée en kit mental à construire.
Alors on va chercher le CD sur la petite étagère – une étagère Fly par exemple, de la mauvaise qualité à petits prix, le lit ne tremble pas (sommier d’époque), et c’est juste à quelques pas sur la moquette bleu-ciel qui a tout juste vingt ans. Le paradis avait une moquette bleu-ciel mal accordée avec le couvre-lit.
C’était un vieux poste Sony de faible puissance, du début des années 90. Les touches disgracieuses du lecteur de K7 faisaient clac et mangeaient toute la façade, légèrement arrondie. Le début des laserdisc. Il ne fallait pas pousser le volume au-delà de la position 4 pour ne pas faire grésiller les hauts-parleurs en écoutant l’Anthologie. Un peu de poussière sur la tranche. Il appuya quelques fois sur avance rapide pour rejoindre le bon titre.
Happé par ses bras à nouveau. Il tentait d’imaginer ce jeune noir à peine plus âgé que lui, chanter ça dans un studio magique de Los Angeles ou de Détroit ou de Chicago, peu importe (A quoi pensait-il, Lui, quels problèmes avait-il quand il sortait du studio, quelle heure de la journée ou de la nuit, à quelle fille pensait-il au moment d’enregistrer ces paroles ?).
Au bout de trois passages, la musique les imprégnait entièrement.
Ils restaient là, en silence, renaissant chaque fois que le ressac s’amplifiait à nouveau - Il s’imaginait un ressac qu’il n’y avait pas, en réalité.
Il garda les yeux fixés au plafond, frissonnant, sans la regarder. Tout était suspendu à ce moment, il savait que ce moment avait quelque chose d’important, de durable, mais n’arrivait pas à cerner quoi. A l’instant il n’y avait qu’elle, sa toile de jean sur une chaise, sa culotte blanc pur morceau de coton salace, il s’imaginait la couleur et l’odeur et le toucher pour les connaître déjà mais tout était si loin (laissez-la s’endormir avant d’esquisser un geste), et si près – Seuls sa main, son bras, étaient posés légèrement sur son torse, accessibles, le reste bien serré mentalement ; Un moment passa, il se tourna vers elle pour la chercher des yeux, Louise.
Son prénom, putain. Rien que son prénom.
Elle se glissa plus près de lui, emmêla une de ses jambes sur les siennes, légère, presque impalpable. L’impression de vivre une autre vie pendant ces quelques secondes. La vie de quelqu’un d’autre.
On ne dira pas que tu l’as rencontrée sur la plage à Montpellier il y a deux étés en y repensant dans cette chambre et que tu griffonnes les chiffres de l’année sur ton agenda encore et encore quand tu t’ennuies comme une incantation, de quoi croire en la numérologie, si la chance ne tourne pas avec elle. Et la première lettre de son prénom partout, sur tous les cours et les feuilles volantes.
Un peu à l’écart de la ville, ce camping. Le camping c’est quarante degrés à huit heures du matin sous la canadienne et l’odeur des chaussettes sales.
Quand bien plus tard vous lui écrirez un e-mail d’une ligne tous les ans aux alentours de son anniversaire, au printemps ou pendant l’été (elles naissent toutes au printemps ou pendant l’été) vous repenserez toujours à ce moment là : Votre première fois. On est toujours surpris par la sensation. Je dis toujours comme si on vivait plusieurs vies et qu’à chaque fois cette douceur violente vous coupait le souffle.
Je l’ai fait.
J’ai du mal à le croire.
Je l’ai fait.
(auto-repeat)
Trois secondes, mais je l’ai fait. Mieux vaut une discussion gênée que de rester vierge éternellement.
Il fallait en choisir une expérimentée, doué comme tu étais, à ne plus savoir mettre une jambe devant l’autre en sa présence dans un lieu clos – ou décapsuler une bouteille ou n’importe quel geste quotidien qu’habituellement un singe sait faire en grimaçant.
J’ai serré les mâchoires le lendemain tout au long de la promenade matinale vers les douches communes, ses poings dans mes côtes :
« Alors cette petite ?
Alors, amoureux ?
Enfoiré va.
Bien dormi l’amoureux ?
Bon alors, raconte.
etc
Avec son putain de sourire sur sa gueule. Ce con est joyeux pour moi comme s’il était le roi du monde, lui. Et moi aussi quand il me dit ça. Ta gueule.
Il essaya de se concentrer à nouveau sur la musique, mais le moment était passé, le couplet aussi, et le titre recommençait encore.
A-t-elle seulement dit ça ?
Mon Amour. On dirait. On dirait qu’elle l’a dit. Elle le dit souvent.
17:46 Publié dans Réalité fictionnelle | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : légendes d’été