01.09.2008
Vingt ans
C’est ça, elles nous entourent de leur amour, de leurs bras, elles sourient à l’objectif d’une soirée quelconque, et puis elles nous flinguent sans remords un petit matin anonyme et toujours surprenant (la seule tentative de consolation quand ça arrive, vivre sa tristesse de manière intelligente, sage, stoïque, romantique) (mais ça ne marche jamais), elles flinguent leurs remords, la vie passée ensemble, ces bouts de vie (On restait avec car au fond on savait qu’elles allaient nous quitter un jour). Pas mal, plutôt pas mal, j’ai eu tes meilleures années. Tes années sans soucis, tes années sans charges, sans angoisses ou presque, des angoisses nocturnes de l’enfance, quelque fois des pleurs à des heures avancées et mes épaules pour te consoler, en silence, en étant là, tes meilleures années, celles où l’on n’a pas besoin de penser à demain, ni à hier puisque hier on ne se connaissait pas, pas besoin de penser comment se fringuer, on était beaux quoiqu’il arrive, jeunes, putain jeunes, et les autres, ces vieux qui n’avaient rien compris. Ces vieux qui se perdaient en complications futiles horribles, qui se perdaient en mariages sans amour, en mariage sans sexe, en concubinage quotidien, en paternités naturelles, comment était-ce possible d’être à ce point borné, peureux, malchanceux, cocu, triste, foutu, sans vie, sans espoir, sans les dimanches matin remplis de sexe et de croissants, sans chaos routinier, pas heureux pas épanouis, débordés de tabous d’interdits d’impasses, de renoncements, en manque d’endorphines, en absence de manque, d’envie, que des soucis accrochés sur le frigo, punaisés sur le tableau en liège, une punaise par souci, une punaise par facture, des dates qui pourraient faire mal si tu savais que ta femme ce jour-là, exactement, le même jour où un ordinateur d’Electricité de France datait une lettre-type pour t’informer du prochain relevé des compteurs, merci d’être là dans la matinée (si vous aviez pu), bonne journée.
Pourquoi rester ensemble dans ces conditions, pourquoi refuser la belle vie, la vie jeune et sans soucis, pourquoi refuser de rencontrer ton âme sœur, pourquoi s’obstiner à vivre avec la mauvaise personne, élever les enfants d’un autre, regarder de la mauvaise télévision, boire de la mauvaise bière, te sentir oppressé, rêver d’un fait divers, attendre le prochain match, se contenter de peu.
Ah, les cons.
Les autres, de toute façon, tous les autres, les pauvres. Sans haine, sans compassion non plus, on les plaignait et puis on y pensait à peine. Les autres.
Ridicules, étrangers ou amis. Pas le choix. Les autres, ceux qui peinaient, ceux qui ne cherchaient même pas. Quand même, les pauvres. Toutes ces vies gâchées alors que c’était si simple quand on l’avait. Les complications elles-mêmes étaient limpides et amenaient au bout de quelques nuits blanches à encore plus de simplicité. Aucune compromission.
17:27 Publié dans A la petite semaine | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
Ca me rappelle une "réflexion" d'un camarade de classe, lorsque j'étais en Terminal, pendant un cours d'italien :
- les vieux, il faut les tuer dès la naissance !
- Oh mais c'est très méchant ! s'exclama notre enseignante, effondrée.
Ecrit par : Sycophante | 01.09.2008
Marrant comme (souvent) les enseignants sont naïfs. Ils sont censés être intelligents pourtant. En plus, ils adorent faire des jeux de mots avec nos noms de famille.
(promettez que vous êtes pas comme ça)
Ecrit par : Brg | 01.09.2008
J'aime.
Ecrit par : Cécile | 02.09.2008
on est pas comme ça :)
on peut enseigner sans nécessairement devenir beauf (enfin, juste un peu), c'est possible, si si ! :)
Ecrit par : dragibus | 02.09.2008
Il y a quelque chose que je ne comprends pas complètement dans ce texte.. A savoir si tu "ironises" sur ces "vies gâchées" (en gros : la vieillerie et le poids des habitudes, et comment à un moment on se laisse crouler sous ce poids ?), ou si ton "ironie", enfin ton regard se porte aussi sur l'autre côté, c'est à dire sur la facilité qu'on a à vingt ans de voir chez les autres leurs "vies gâchées" (prétendues ?). Facilité, ou acuité pertinente. Et "ironie" entre guillemets puisque je ne suis pas sûre que ce soit le terme adéquat.
Petit questionnement qui ne remet aucunement en cause ta qualité d'écriture - Pardon, petit cerveau d'une lectrice fatigué :)
Ecrit par : slb | 02.09.2008
J'avais un doute sur l'année, j'ai dit 66, c'était 64.
Voilà voilà voilà.
(tu vis bien de fréquenter de près une cruche spécialiste ès presse people?)
Ecrit par : elle | 02.09.2008
Cécile > hey ;)
dragibus > La prof d'italienne a pas l'air beauf, mais c'est touchant...
slb, surtout sur l'autre côté, tout est plus facile a 20 ans (enfin... dans l'exemple). On peut remonter dans le temps, enfant on ne comprend pas pourquoi les adultes s'engueulent, ne sont plus bien ensemble, pourquoi les gens fument, pourquoi les gens se détruisent etc
Ma petite qualité d'écriture te remercie d'avoir compris ce que jvoulais dire.
elle > t'avais dit 62.
T'as vu, je t'écoute.
C'est que ta culture m'impressionne et m'écrase, jsuis qu'un plouc. Alors j'essaye d'en plaisanter.
Ecrit par : Brg | 02.09.2008
J'adore, petite lecture avant la nuit plutôt reflexive que passionnée... MAis oui j'adore quand même... les parrallèles que l'on peut y ajouter, juxtaposer, ou encore transposer...
Ecrit par : la passante | 23.09.2008
Moi j'aime bien ces passantes, qui passent (bonne nuit ;)
Ecrit par : Brg | 23.09.2008
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