20.09.2008
Une mère et son fils (Le vilain petit canard)
Salut fidèles,
Comme on est différents, avec nos différentes conquêtes. Ce que l’on murmure à l’une, ce qu’on avoue à l’autre.
« Tu es un solitaire »
« Tu penses trop »
« Ah bon, depuis quand tu parles de toi ? »
« Tu parles, maintenant ? »
« C’est ton air froid… »
« Jamais rencontré un mec aussi bavard… »
(Pour cette dernière remarque, j’ai réussi à créer l’illusion) ; On peut créer l’illusion l’espace de quelques heures.
Faites une synthèse de toutes les remarques, pour avoir votre autoportrait improbable.
Ah ah, je savais bien que la vie était merdique, au fond. Quand je faisais la gueule au milieu d’une assemblée festive, ce n’était pas pour les emmerder. Quand ils me questionnaient, je ne pouvais dire autre chose que la vérité, ce que je ressentais (un homme triste et faible) (se prétendre fort et intéressant, je vous laisse imaginer ce que j’en pense, dans tous les cas).
Le vilain petit canard était mon histoire préférée. J’ai dû la réclamer une centaine de fois vers trois quatre ans.
Depuis j’ai une tendresse incroyable pour cet animal, que je trouve magnifique et royal dans sa stupidité fondamentale (regardez bien le prochain canard que vous croisez, cet assemblage de chair et de plumes est complètement abscons) (sans parler de la façon de s’exprimer). Un canard, ça a la classe. En quelque sorte.
Plus tard, je lui demande comment on fait les bébés. Au fait.
Elle ne se retourne pas (nous étions en voiture) et me dit Tu le sauras bien assez tôt. Et à 6 ans, je médite cette phrase tout le reste du trajet, en silence (et j’y repense encore 21 ans après).
(en effet).
Plus tard, je vois ma mère pleurer en regardant dehors, immobile, pendant un moment horriblement long – les yeux grands ouverts. Je dois avoir 12 ans et tout ce que je peux faire, est de mettre ma main sur l’épaule et au bout d’un très long moment lui dire je suis là. Et la laisser, au bout d’un très long moment encore.
Et je n’ai jamais su pourquoi, mais ça devait ressembler à tout ce que j’écris ici (et ce jour là j’ai peut être compris – aperçu - la femme en plus de la mère)
Plus tard, vers 20 ans, elle me dira qu’on est vraiment adultes à 35 ans, pas avant.
(J’ai protesté en pensant à des amies déjà mères etc etc) Mais à 35 ans, tu avais déjà deux enfants, tu travaillais depuis un bail, tu avais une maison, des responsabilités.
On est vraiment adultes à 35 ans, pas avant. Et comme d’habitude, le reste de l’explication lui paraît futile, tellement l’évidence s’imposera d’elle-même, avec le temps.
Très souvent, elle ne finit pas ses phrases.
Je pense aller la voir ce soir, dans ma petite banlieue, où mon père est hospitalisé depuis quelques jours pour quelque chose qui peut être grave.
Evidemment, il n’en sera rien (haut les cœurs), je refuse que ce soit grave, ce n’est pas possible, il est trop jeune et était en trop bonne santé pour que ce soit si grave (pensées magiques).
Alors, je reviendrai ici avec des bonnes nouvelles.
17:49 Publié dans A la petite semaine | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
03.09.2008
Au temps pour moi
- Je préfère qu'on reste amis, je ne veux pas gâcher notre amitié, tu es mon grand frère.
- J'ai eu peur de sortir avec toi.
- Je ne veux plus voir ta gueule, j'en peux plus.
- Tu as voulu me tromper.
- Tu comprends, je suis jeune...
- We can be friends, now. Fancy a beer?
- Tu sais, tous les ans, à cette période de l'année...
- On est restés ensemble longtemps, ça a été dur pour moi.
- Je vais prendre une douche.
- J'ai peur de tomber amoureuse.
- J'ai fait une bêtise. (hihihihi)
- Dégage.
- Tu es comme un chat. Tu retombes toujours sur tes pattes.
- Bonne journée !
- I'm thirty you know. Want to get married'
- On s'est rencontrés au mauvais moment tous les deux.
- Justement, j'aurais aimé qu'on s'engueule plus souvent.
- Tu sais, ces enfants, on les fera avec d'autres personnes.
- Ah, ah, vaudrait mieux que vous lui disiez directement, à ma fille.
- Tu prends quel métro ?
22:18 Publié dans A la petite semaine | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
01.09.2008
Vingt ans
C’est ça, elles nous entourent de leur amour, de leurs bras, elles sourient à l’objectif d’une soirée quelconque, et puis elles nous flinguent sans remords un petit matin anonyme et toujours surprenant (la seule tentative de consolation quand ça arrive, vivre sa tristesse de manière intelligente, sage, stoïque, romantique) (mais ça ne marche jamais), elles flinguent leurs remords, la vie passée ensemble, ces bouts de vie (On restait avec car au fond on savait qu’elles allaient nous quitter un jour). Pas mal, plutôt pas mal, j’ai eu tes meilleures années. Tes années sans soucis, tes années sans charges, sans angoisses ou presque, des angoisses nocturnes de l’enfance, quelque fois des pleurs à des heures avancées et mes épaules pour te consoler, en silence, en étant là, tes meilleures années, celles où l’on n’a pas besoin de penser à demain, ni à hier puisque hier on ne se connaissait pas, pas besoin de penser comment se fringuer, on était beaux quoiqu’il arrive, jeunes, putain jeunes, et les autres, ces vieux qui n’avaient rien compris. Ces vieux qui se perdaient en complications futiles horribles, qui se perdaient en mariages sans amour, en mariage sans sexe, en concubinage quotidien, en paternités naturelles, comment était-ce possible d’être à ce point borné, peureux, malchanceux, cocu, triste, foutu, sans vie, sans espoir, sans les dimanches matin remplis de sexe et de croissants, sans chaos routinier, pas heureux pas épanouis, débordés de tabous d’interdits d’impasses, de renoncements, en manque d’endorphines, en absence de manque, d’envie, que des soucis accrochés sur le frigo, punaisés sur le tableau en liège, une punaise par souci, une punaise par facture, des dates qui pourraient faire mal si tu savais que ta femme ce jour-là, exactement, le même jour où un ordinateur d’Electricité de France datait une lettre-type pour t’informer du prochain relevé des compteurs, merci d’être là dans la matinée (si vous aviez pu), bonne journée.
Pourquoi rester ensemble dans ces conditions, pourquoi refuser la belle vie, la vie jeune et sans soucis, pourquoi refuser de rencontrer ton âme sœur, pourquoi s’obstiner à vivre avec la mauvaise personne, élever les enfants d’un autre, regarder de la mauvaise télévision, boire de la mauvaise bière, te sentir oppressé, rêver d’un fait divers, attendre le prochain match, se contenter de peu.
Ah, les cons.
Les autres, de toute façon, tous les autres, les pauvres. Sans haine, sans compassion non plus, on les plaignait et puis on y pensait à peine. Les autres.
Ridicules, étrangers ou amis. Pas le choix. Les autres, ceux qui peinaient, ceux qui ne cherchaient même pas. Quand même, les pauvres. Toutes ces vies gâchées alors que c’était si simple quand on l’avait. Les complications elles-mêmes étaient limpides et amenaient au bout de quelques nuits blanches à encore plus de simplicité. Aucune compromission.
17:27 Publié dans A la petite semaine | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note