01.03.2009

Nvelles de brooklyn sud

Le ticket de paiement le lendemain dans la poche indiquait 00 : 59 et 52€ de bière, ensuite plus rien. Ça fait 13 ans qu’on y va.

On marche dans cette petite ville limitrophe après chez nous, faite de pavillons mitoyens, cheapos, des centaines de petites baraques roses pâles aux lourdes portes en PVC, les mêmes qui faisaient rêver mon ami d’enfance (le rêve américain à l’échelle française, pas de 8 cylindres en V ni de 5.56 mais une petite fourrure de magazine en tablier kiss-the-cook et un aspirateur de table), je sens des ombres qui marchent avec nous, pour faire de la mauvaise littérature, il n’y a qu’elles et nous dans la nuit de jeudi à vendredi, les brouillons du passé répétés à l’envi.
(je vais vomir)
J’ai eu un hoquet de dégoût avant de rajouter sous nos pas.
Les brouillons du passé.
(je lis kundera) (mal)
Les brouillons : Toutes les fois où on a emprunté ces mêmes routes dans ces mêmes villes, des milliers de fois, marché sur ce stade, un parmi sept ou huit sur lesquels on jouait etc et ces brouillons n’ont plus aucune saveur quotidienne ou érotique ou parfumée à l’alcool sucré ou à la violence ou aux palabres, tous superposés les uns aux autres, des milliers de fois peut être, et c’est tout l’intérêt de cette méthode : Laver tous les souvenirs en les répliquant à l’infini, polir tous les endroits de la terre, le bar où vous l’avez connue, le parapet du pont Mirabeau où vous vous êtes quittés (c’était un hiver merdique et il pleuvait, mais ça avait de la gueule).
Chercher le grand blanc. Je ne vois plus très bien ce que je voulais dire.
Polir les endroits ? Se saouler de sons, de paroles, de filles, d’alcool, de paroles, dans les endroits qui te font souffrir, ceux marqués d’une croix noire dans la carte mentale 5 zones. Au bout d’un certain nombre de fois, il ne reste plus rien de ces petits chaos, il en reste une impression ronde comme un galet d’Etretat, neutre, elliptique, semblable aux millions d’autres.
Putain de mauvaise littérature.
Il y a des moments où l’on se sent en dedans de nous, faible, sans consistance, insignifiant, moins que le décor (le nous habituel), c’est un de ceux-ci. L’euphorie est toujours mauvais signe.

Il y a 13 ans, c’était le lycée : L’odeur du shit et de Biohazard au petit matin (à 7 :30 je finissais mon trois feuilles, à 7 :40 je mangeais ma banane comme un singe rigolard, à 7 :50 les cours du matin étaient finis et à 12 :05 je prenais mon plateau au self)
(Non, je n’ai même pas pu passer en « première L »)
Putain de mauvaise littérature, euphorique comme un singe rigolard.

Commentaires

Et on revient toujours.

Je sais d'où tu parles. Je crois.

Ecrit par : Cécile | 03.03.2009

Ouaip, je crois que tu crois bien savoir ;)

Ecrit par : Pierre | 03.03.2009

Mais où es-tu ?

Ecrit par : Sophie K. | 14.03.2009

Encore perdu dans les marécages.

Ecrit par : Pierre | 17.03.2009

Bon. J'agite un fanal... Tu me vois ? Je t'envoie une liane solide.

Ecrit par : Sophie K. | 18.03.2009

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