19.04.2008

Genèse III : L'aube du Je

Les gradins sont bien remplis.
J’interromps mon discours quelques instants – Je dis pardonnez cette régression. Plissons les yeux dans le rétro en soufflant sur ce mug (cette grande tasse, ouais).

Tu viens prendre le petit déjeuner avec moi ?

- La boue originelle -

En 1983, j’étais petit, j’étais beau, je sentais bon les sablés chaud. Sur ma couche, on lisait – PERSONNE. Sur mon bras droit, MAMAN.
(sur l’étiquette de mon sous pull marron en classe de mer, mon nom de famille)
(ça sentait pas très bon, la Manche, et les étoiles de mer crevées)

Ce matin, je pense à mes petits-déjeuners. A des œufs, à de l’huile d’olives, bacon, toasts, confitures, brocciu, oranges fraîches – pas tout en même temps, tous les jours. [L’huile d’olives étant la meilleure huile de friture car supportant la température la plus haute avant dégradation, 220°C environ, devant l’huile de tournesol, 210°C. Ah ouais, toutes les autres huiles sont à jeter. Sauf pour la salade]. Aux petits-déjeuners de LUXE qu’on sert dans certains cafés parisiens. Aux petits-déjeuners de films, celui de Pulp Fiction par exemple. Celui des breakfast in America. Ceux dans les bowlings anglais. Ceux avec toi, passés et à venir. Ce matin, je me ressers trois fois du café, et je savoure. Le matin.

J’en vois au fond de la salle qui ont du mal à suivre et qui rigolent bêtement avec des moustaches de lait comme des grands niais.

Vous savez que le lait de vache est destiné aux veaux, normalement ? Et le lait de femme aux petits humains ?

Vous avez l’air con les gars.

Je vous vois d’ici suçoter connement les nibards de votre blonde.

A part le lait maternel, le lait non transformé est mauvais et c’est un aliment (très) fragile, même dans un frigo propre. Et donc, non, nous n’avons pas le même système digestif qu’une vache, les mêmes enzymes pour dégrader les mêmes saloperies, exactement. Si l’évolution ne t’a pas fait pour boire du lait de vache directement sous la vache, cet aliment ne t’est d’aucune utilité, réfléchis deux minutes.

Voilà, je t’ai affranchi.

Je n’aime pas le lait ; Je n’aime pas le yöghurt ou peu importe comment ça s’écrit – je suis latin, pas slave – je n’aime pas le Danao – je suis intelligent, pas stupide –  etc. J'aime le croire. J’aime le fromage. Et les milk-shake, ok, à dose homéopathique. Et le café au lit.

Refuser de boire mon verre de lait à la maternelle a été mon premier acte de rébellion – Mémoire Génétique ? Non, en fait, Difficultés Gastriques. La maternelle est un endroit dur, rempli de femmes-kapo assistantes à moustaches qui n’ont pas le certificat de fin d’études, qui ont raté leur vie et leur progéniture, et sont bien décidées à torturer un peu la marmaille communiste pour passer le temps (Communiste ? La vie en communauté en culotte courte, les pissotières soviétiques en rang, les BN en commun, les transports amoureux, les petits mots d’amour et d’adieu écrits sur un bout de couche, déjà). Donc, devant l’imbécillité des adultes – bois ton verre de lait, obéissons aveuglément aux ordres du Soviet Suprême sans les discuter – la ruse enfantine qui consistait à refiler ma bouillasse UHT discrètement au gros Kevin qui se pourléchait les babines pas très loin (soit un drôle de sabotage).
La première partie de ma vie, je l’ai ressentie comme un humain de Matrix, enfermé dans un cocon alien et branché à la machine, réduit contre ma volonté à l’état de larve, privé de la Liberté.
A neuf ans, ma mère me donnait à lire La Métamorphose, de Kafka. On a voulu m’envoyer chez le psy, après ma fiche de lecture des vacances de pâques.

- Wake up, Neo -

Acte de rébellion quand je faisais à peine en hauteur la taille des porte manteaux que l’on installe dans ce genre de lieux. Déjà un cœur de Barbudos, pas vrai. Le Che non manquant à l’appel - tu causes. D’ailleurs, j’aimais crapahuter au-delà des barrières en bois de la cour (prison), sur l’herbe (interdite à cause du vieux jardinier polonais tout le temps bourré, hey, de l’herbe c’est pas vraiment fait pour marcher dessus mon petit gars) (Première Leçon de Vie) (alors fumons-la ou brûlons-la, devrai-je me dire bien plus tard) dès que j’échappais quelques secondes à l’attention des matons, qui, comme dans toutes les écoles du monde comme le veulent les lois immuables de la nature, se postaient avec leurs gobelets en plastique en un cercle comprimé à proximité de la casemate du dirlo, comme des grues roses stupides et laides autour d’un méchant corbeau.

La vie au stalag m’occupait pas mal pendant la journée.

Grande sœur au petit déjeuner fixait (vous savez, ces regards au-delà des objets, au-delà des murs) (comme dans Sixième sens : je-vois-des-gens-morts, ‘voyez ?) la boite de céréales. Semblait lire la composition chimique sur le côté de l’auge pour petits cochons sevrés servie par les grands noms amerloques de l’industrie agro-alimentaire.
Naissance d’une machine intellectuelle froide et impressionnante (intimidante) - je suis le débile profond de la fratrie - revenue dans le monde des humains avec la maternité. Ma sœur.

Moi, le petit, je trépignais de la voir faire ça. Alors je passais ma main comme on passe la main devant les yeux d’un somnambule – plusieurs fois. Aucune réaction, les yeux voyaient au-delà des murs, bien au-delà de l’agitation des cinq petits doigts. Alors je lui ordonnais d’arrêter. Alors je la secouais.

MAMAN. SŒUR RECOMMENCE.
- Laisse la tranquille
Alors mon petit visage démuni se faisait obstacle devant la boite de céréales, et mes petits yeux ronds de singe essayaient grimace-imitation incluse, de voir au-delà de ma sœur.
Alors ma sœur s’exaspérait et recommençait à respirer (bruyamment). Alors je lui disais qu’elle était bien moche avec ces lunettes. On s’aimait, quoi.

Il n’y avait que ce moyen pour la ramener du monde des choses invisibles.

Tout se joue très jeune, finalement : Rebelle, Intellectuelle, nous étions préparés différemment aux barricades du marché du travail (là, c’était histoire de faire un mot) (ce sera la pépite de chocolat en vrai chocolat dans ton Danao dégueu du samedi).

(Là je joue de mon piano Dell, je fais mes gammes, j’improvise, je joue si bien Drown In My Own Tears, je te fais signe de venir t’asseoir près de moi, déjà conquise et humide, jouer d’un autre morceau)

Là, j’en fais trop, mais je m’en tire toujours par une pirouette.

(C’est bien le problème)

Et donc, ces petits-déjeuners, il FAUT les étirer en langueurs. Il faut mélanger les saveurs (un morceau de porc grillé – un trait de jus d’orange frais et acide… La chair et l'esprit) pour prolonger les goûts sucrés-salés de la nuit d’avant, de la vie d’avant. Les prolonger une heure le week-end, une matinée entière en vacances. Laisser des longs silences, utiliser ses autres sens, le toucher, par exemple. Trouver un bon morceau d’Atlantic Records, ou écouter les bruits de la ville (Cette putain d’alarme qui a réveillé tout le quartier, là…).

Je ne vais pas vous dire de fumer, mais dans sa malédiction, le fumeur connaît le bonheur secret de rajouter une saveur en plus des autres.

Je ne sais pas si Dieu fume des havanes tous les jours (Dieu est-il riche ? Quelle idée bizarre de penser ça. Lit-il les pages saumon du Figaro ou l’horoscope du Parisien ?) mais Dieu est certainement, résolument, contre toute loi anti-tabac.

Ô bande d’anciens scouts anciens de la kermesse du village anciens de la première communion buvez votre verre de lait, dites vos oui-oui, marchez dans le rang, anciens de langue première allemand, anciens des classes de latin, anciens engoncés dans la Classe S germanique, l’automobile de ton père ou la classe de taupins de la boite à bachot payante, surtaxée même, de ta mère, par ailleurs présidente au nez pincé du club de lecture du mercredi, votez Sarkozy&Avatars pour des siècles et des siècles dans l’ignorance crasse de vos psaumes créationnistes.

C’est mon côté Will Hunting mâtiné de Desproges, qui parle.

Nous, on est à la terrasse du Continental, dans quelque pays merveilleux plein de lumière et de brumes, moi, je caresse ses beaux cheveux bruns et fins, elle, elle se laisse décoiffer sans rien dire, je lui masse les tempes de gestes encore endormis, je tousse un peu pour m’éclaircir la voix et parce que la fumée de sa cigarette, elle, elle grelotte dans ce vieux sweat à capuche trop grand mais garde ses jambes solidement plantées sur la table et sa tête dans le creux de mon épaule et n’a pas l’intention de bouger, car elle apprécie – elle sait apprécier la fraîcheur du petit matin, après une nuit délicieuse à se vautrer dans la fange.

Ceci est mon corps.
C’est dans l’amour, ce matin, mes fils et mes filles, que je vous caresse tous la joue avec cette note d’un optimisme criard et flagrant tendance art-déco. L’optimisme primordial. Toi, tu piques.
Et toi, sois bénie. Envie de te caresser sous la jupe. Je fais évidemment un clin d’oeil à mon inspiration. Tu me ferais l’amour, alors ?

C’est beau de voir un blogueur s’épanouir comme un Marine à la fin de sa formation à Parris Island. (J’entends encore l’autre, Fais moi rêver !) (Alors en voiture, momone…).

Tu sais que je suis cabot, aussi. Tu m’aimes pour ça. Amen.

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04.04.2008

Genèse II : Chauffard de bus

218095903.jpgHier j’étais au bar, le type est entré… Aujourd’hui, je vous parle sur un ton libre, en aparté, comme je pense. Billet anecdotique. (rien n'est écrit, rien n'est prémédité, ni la chute, ni la tentative d'homicide du chauffeur de bus)

J’ai été témoin d’un presque accident (tant de choses dans ma vie) assez original (note 15/20). Un type en deux roues. Non, un jeune type sur un deux roues de 60 kilos (sorte de vespa antique à roulettes). Il est 21h. Il roule sur l’avenue presque déserte, mais pas assez vite, alors le type en bus derrière lui – oui en bus ratp – le klaxonne (un bus à cinquante kilomètres-heure, vue la masse, c’est déjà impressionnant, à l’intérieur, comme à l’extérieur – Plus fort encore, le bus n’est pas sur sa voie mais serre à gauche (ayant sûrement doublé un mec trop lent juste avant) car c’est un bus vide direction dépôt (mais suivant la ligne commerciale).

C’est au moment où le bus klaxonne que les têtes se tournent vers la scène qui va se passer en quelques secondes au milieu du carrefour : Le bus est derrière le vespa donc, le bus accélère, le bus percute le vespa par l’arrière genre auto-tamponneuse pousse toi de là que je pousse un peu mon V12 diesel biturbo. C'est violent, quand même, non ?

Faire du lèche pare-chocs avec un bus dans un vespa. Et réussir (le type en vespa a pris 5 km/h d’un coup, puis a réussi à rester maître de sa vie, et s’est arrêté devant le bus. Un petit peu énervé.) faut être un sacré psychopathe. Quelle gueule devait-il avoir ce chauffeur de bus enragé vous demandez-vous. Du genre Otto sous amphèts ? Et bien c’était un jeune type, pas plus lourd que sa victime, mais avec une gueule d’enfant sage premier de la classe à qui on aurait prêté un bus, comme ça, pour voir. Un petit peu bouclé genre chalala, un petit peu paumé surtout. Et je faisais la part des choses et je le plaignais déjà (tant d’emmerdes pour un nouveau poste…), les flics ils les avaient appelés lui-même (le jeune mec en vespa OSAIT bloquer son bus).

Si même les bus sont dangereux…

Jamais je n’utiliserai les couloirs de bus pour faire du vélo. Jamais Jamais. En plus un vélib' c'est laid. ça pollue mon espace visuel.
Alors je n’ai pas été le seul à m’arrêter, je n’ai pas rêvé le truc, j’ai même fait demi-tour – j’étais en route pour autre chose, mais là c’est GRAVE et je suis prêt à faire faire un petit détour à ma petite vie, on a pas souvent l’occasion de jouer son rôle de « citoyen », concrètement. De mec dans la Cité. De Boyz in ze hood.

Il y avait un autre mec comme moi, un plus vieux, et un quadra en costard attaché case qui viennent pour soutenir le presque macchabée. Vigoureux pour un macchabée, il voulait s’entretenir avec le chauffeur du bus qui n’ouvrait pas ses portes aux justes récriminations, pas fou. Je voulais aussi m’assurer que ça ne dégénère pas.

Dix minutes plus tard, quelques badauds qui n’étaient pas là, se rajoutent à la petite bande dont cette femme mal habillée et sale qui colle le jeune et lui répète sans fin (le meilleur moyen de péter les plombs) avec une voix nasillarde caricaturale « Nan mais vous gênez la circulation là, vous bloquez le bus » etc repeat auto x 10
A ce régime, le jeune type un peu calmé finit par se dire que c’est un monde de dingue et lui dit allez cassos, t’as raison, il va rien en ressortir. Oh que je le comprends.

Autre accident un peu plus loin entre un chauffeur livreur volubile et un taxi impassible.

- A ce moment là, j’ai levé les yeux au ciel pour chercher la pleine lune -
Tout ça m’a rappelé un ancien incident (je sais pas, 2001-2002 dans ces eaux là). Un soir, en banlieue près du pavillon où j’ai grandi, à la gare – ma gare, donc. Une engueulade de couple sur le quai. Banal, sauf que la nana (1m60, 47 kilos toute mouillée sans faire de mauvais jeu de mot) s’est retrouvée coincée contre la grille, entre une poubelle SNCF et le coin d’un mur en briquettes rouges, et qu’elle était salement coincée par son mec, qui lui hurlait dessus et la menaçait (verbalement à un volume 36/40, et physiquement, il suffisait de regarder ses gestes, il avançait petit à petit en levant le bras…)

Bon hey, chacun sa merde, je veux dire, c’est une engueulade de couple on peut pas savoir pourquoi et comment le couple fonctionne comme ça en deux secondes. M’enfin, tu vois passer 400 blaireaux qui rentrent du boulot, toute la rame, et tout le monde baisse les yeux et passe en silence, aucune maman ne s’arrête, personne ne s’arrête ne serait-ce que quelques secondes.

Déjà c’est ma gare. Déjà, je ne faisais pas le fier. Je suis passé comme un blaireau en espérant que quelqu’un d’autre… Et puis je me suis arrêté. C’était ma gare, c’était une nana de 47 kilos, et 400 blaireaux qui ne disent rien, c’est un peu une honte nationale. J’ai fait demi-tour, pour me poser là, en témoin. Yavait les 400 cariboux qui se cassaient vers des verts patûrages un peu plus haut, et là t’as un gnou qui va aller narguer le lion.

Sans rire, le type était plus petit que moi ; Genre 1m80 pour ses 95, 100 kilos. Tout en muscles. Mike Tyson. Bave aux lèvres comprise. Keureckt, je n’avais aucune chance. Il était deux fois plus large que moi et quatre fois plus large que la nana (là oui, c’est l’impression qu’il donnait, pas l’exacte réalité). Il était hors de lui et je sentais bien que je risquais fortement de me manger la mandale de ma vie à la place de sa petite nana [une petite beurette terrorisée, paralysée, les yeux écarquillés par la peur]. Je me suis posté histoire de dire, je suis là, riprezent, en force, (à 10 mètres, je ne suis pas si aventureux), ya un témoin mon gars, et oui, ton affaire passe pas vraiment inaperçue même si la gare est grande. Alors il m’a vu, j’ai d’abord vu ses yeux furtivement se poser sur moi et le grand frisson me parcourir l’échine. T’as beau être un habitué des embrouilles, un used to, avoir été élevé avec les petites racailles dès la 6e, c’est jamais agréable de se prendre des coups [ou d’en donner, jusqu’au sang. Ou de te faire démonter par trois types armés de chaînes et de morceaux de queues de billard, etc] [Tu es spectaculaire au lit, mais tu as de graves problèmes psychologiques. Il faut te faire aider. Vraiment.], t’as toujours l’excitation qui monte vite, l’adrénaline [qui te fait trembler un bon quart d’heure après, battu ou victorieux], le speed.

Là j’étais glacé.

Il ne s’est rien passé. Le type a continué trente secondes ses menaces et a fait un pas en arrière. Moi j’en ai pas demandé plus, ce soir là.

Intervenir. Ma mère m’a toujours dit d’intervenir. Elle, intervient toujours – c’est une sainte, de toutes les manières – Je lui avais fait remarquer qu’en définitive, il était plus facile à une femme dans la cinquantaine  dans les 1m60 et quelques d’intervenir que pour un jeune type de 20 ans (là, tu es dans le jeu, à portée, tu vas manger). Non, ils n’osent pas encore sortir un flingue, frapper une femme, comme ça. Ma mère s’approche et leur dit dans ces cas là un truc du genre, sur un ton posé et ferme (sans tics nerveux, et sans bling bling… et d’une intelligence incomparable – elle n’a pas acheté son putain de diplôme. Elle) de sa voix douce et ferme qui recadre la réalité : « Qu’est ce que vous faites ? …Vous voulez foutre en l’air votre vie ? » Et ça suffit. C’est en ça que l’expression sauvageon est si juste. Ce ne sont pas vraiment des durs, juste des enfants de 18 ans et/ou 90 kilos. Ou alors elle est la seule à appeler la police quand un jeune du groupe se prend une curée par ses amis sur la place de la gare [Allo ? Il y a une rixe à la gare, venez vite] Elle dit aussi des trucs du genre : « Qu’est ce qu’ils jouent en ce moment au cinéma, de bien ? » Maman…

Avec mon ami d’enfance on jouait à défoncer quelques vieilles barrières sncf le long des remblais (avant que je n’apprenne à parler).

Vous vous souvenez d’Ilan Halimi, victime du « Gang des Barbares » de Bagneux ? Et du corps d’Ilan qu’on a retrouvé sur un remblai près de la gare de… C’était cette gare. Ma gare. Ma mère rentrait du travail, comme tous les soirs.

14.03.2008

Genèse

1118002243.jpgUne semaine que j'écoute Paris sous les bombes (été 1995) en boucle sur deezer. Faites chauffer vos ghetto blaster altec lansing 3.1
Encore une coïncidence, je n'étais pas au courant de leur « retour » jusqu'à aujourd'hui (sur un blog, et par hasard sur youtube-canal +). Ça me fait penser à mes quinze ans, à la banlieue, au lycée, au collège et pas mal d'images en vrac.

J'habite paris depuis cinq ans.
Quand on me demandait « d'où tu viens ? » dur de dire Paris, à une époque où je ne savais situer sans hésiter que Saint-Michel et Chatelet. Et l'Elysée-Montmartre. Dur de dire ça en province, en général. A trente kilomètres à quinze ans sans carte orange et sans permis, on est déjà loin de la capitale.
De Paris (faux), d'Evry (pas assez connu et inexact), de la banlieue sud de paris (un peu long, un peu générique) de la banlieue sud (si Paris était le nombril du monde), de banlieue (misérabiliste, trop vague), de fleury-mérogis (et tu y étais pour quoi ?) de Paris-sud (mouais) d'Essonne (? mouais, autant dire de l'oise, de l'eure) de Sainte geneviève des bois (à la campagne ?) de Saint-Michel (Notre Dame ?) de Viry-châtillon (métal hurlant ?) de Savigny (?) de Grigny (?), de Bondoufle (Urquinaona ?), de Courcouronnes, de Corbeil-Essonne (ok là on voit).

Un peu de tout.

Et quelle est la spécialité de la région ? Les migrations pendulaires, la violence, l'ennui et les histoires d'amour adolescentes. Pour le brie et les confiseries à la rose, il faut aller en Seine-et-Marne.
Ah, le shit. (edit : disiz la peste, et les mac drive, aussi)
Le commerce de détail en général. La logistique. Quelques entreprises industrieuses en déclin - françaises.

Non c'est plus pratique et plus correct de dire de bretagne, du nord, de picardie, d'alsace, des landes, de marseille, de marseille-nord, de CORSE, je suis espagnol, basque, américain, chinois, je t'emmerde.

Moi j'étais banlieusard.

Et « illettré » à l'époque du lycée (3 de moyenne en seconde). Je n'écrivais pas pour moi, je n'exprimais rien, sauf le jour où j'ai été renvoyé de mon ZEP - vous vous souvenez de l'assurance scolaire responsabilité civile obligatoire à 63 francs par an ? merci à environ 560 d'entre vous d'avoir souscrit -, qui était bien mieux que le LEP voisin.
Dans « LEP », le P ne veut pas dire prioritaire.
La PUP n’existait pas encore, mais la BAC 91, si. Ils roulaient en R25 injection à 150 en ville. On s’rait cru à Miamaï.
On s’attache toujours à l’endroit où l’on grandit. Les villes nouvelles comme Evry et leurs zones urbaines n’ont pas d’histoire, pas de monuments (si, une cathédrale année 80, la prison, et des centres commerciaux). La plupart du temps, il ne se passe rien. C’est une ambiance, une coloration du quotidien. Des provocations quotidiennes, moins fréquemment, des drames, le plus souvent à l’intérieur des foyers. Des rangées de maisons bouygues roses et grises sans terrain, des rangées de belles meulières en mauvais état, des Ed l’épicier – j’ai toujours cru que c’était édouard l’épicier pour une chaîne qui voudrait se donner un air de quartier authentique, comme une confiture industrielle avec son pochon vichy. Avant que ma copine ne contracte sa première maladie chronique : un CDD chez L’Epicier Discount - E.D.

Je n'aime pas trop les gens qui jugent sur des « rapports de faits objectifs AFP ». Un tel a frappé l'autre, il mérite ça. un élève a frappé un prof. Une agression. Un condamné. Vous y étiez ? Comment se passent les choses, dans la réalité, la dimension qu’on a toujours tendance à oublier. Ça donne ensuite des stupidités du genre uniforme à l'école, lettre de Guy Môquet – qui est juste une station de la ligne 13, pas de quoi en faire une lettre -, discipline, à mort !, mettre en prison celui qui etc

Ça y est, je donne déjà dans l'angélisme. Il faut restaurer l'autorité, à bas mai 68, garde à vous mon général.

Après avoir échangé quelques bleus avec quelques uns de mes contemporains – ah les chenapans, les sauvageons - et vu quelques trucs un peu moches d'assez près, je ne peux pas avoir une vision catégorique sur un fait divers - et même sur la politique, j'ai assez de mal à tout concilier.

Quand je dis violent, c'est une ambiance, une coloration au quotidien (edit, bis), la vie est douce pour les classes moyennes sans ça. Il suffit d'éviter les ennuis, et on apprend à le faire. ça mobilise juste un temps de cerveau quotidien. Ça et les filles.
C'est aussi l'âge qui le veut : On est vulnérable à tout tant qu'on ne nous appelle pas « monsieur ». Impliqué dans tout ce qu'on croise, aussi.

En 1995 donc, j'écoutais deux choses principalement, NTM, et du hard – Slayer, Suicidal Tendencies, Infectious Groove etc. Et Nirvana, évidemment. Toujours bon d'entendre ça.