05.08.2008

Au paradis des velléitaires

On peut très bien être couchés-habillés sur un couvre-lit rouge, blanchi et décoloré par plus de trois cents lavages à soixante degrés. Sous un Velux très années 90. Et dire quelque chose comme :
« Oh tu sais, on pourrait se prendre un appartement ensemble.
-    Un deux pièces ?
-    Oui un deux pièces. Enfin je sais pas. Un grand studio peut être ?
-    Avec un balcon.
Il souriait :
-    Avec un balcon, ça va être dur à trouver.
-    Tu veux vivre où ?
-    Où tu veux.
-    Mais où ?
-    Avec toi.
-    Mon amour.
-    Attends…

Ce genre de questions-réponses. Un chien ? Un toit ? Des enfants qui ne crient pas ? Une vie imaginée en kit mental à construire.

Alors on va chercher le CD sur la petite étagère – une étagère Fly par exemple, de la mauvaise qualité à petits prix, le lit ne tremble pas (sommier d’époque), et c’est juste à quelques pas sur la moquette bleu-ciel qui a tout juste vingt ans. Le paradis avait une moquette bleu-ciel mal accordée avec le couvre-lit.

C’était un vieux poste Sony de faible puissance, du début des années 90. Les touches disgracieuses du lecteur de K7 faisaient clac et mangeaient toute la façade, légèrement arrondie. Le début des laserdisc. Il ne fallait pas pousser le volume au-delà de la position 4 pour ne pas faire grésiller les hauts-parleurs en écoutant l’Anthologie. Un peu de poussière sur la tranche. Il appuya quelques fois sur avance rapide pour rejoindre le bon titre.
Happé par ses bras à nouveau. Il tentait d’imaginer ce jeune noir à peine plus âgé que lui, chanter ça dans un studio magique de Los Angeles ou de Détroit ou de Chicago, peu importe (A quoi pensait-il, Lui, quels problèmes avait-il quand il sortait du studio, quelle heure de la journée ou de la nuit, à quelle fille pensait-il au moment d’enregistrer ces paroles ?).

Au bout de trois passages, la musique les imprégnait entièrement.
Ils restaient là, en silence, renaissant chaque fois que le ressac s’amplifiait à nouveau - Il s’imaginait un ressac qu’il n’y avait pas, en réalité.
Il garda les yeux fixés au plafond, frissonnant, sans la regarder. Tout était suspendu à ce moment, il savait que ce moment avait quelque chose d’important, de durable, mais n’arrivait pas à cerner quoi. A l’instant il n’y avait qu’elle, sa toile de jean sur une chaise, sa culotte blanc pur morceau de coton salace, il s’imaginait la couleur et l’odeur et le toucher pour les connaître déjà mais tout était si loin (laissez-la s’endormir avant d’esquisser un geste), et si près – Seuls sa main, son bras, étaient posés légèrement sur son torse, accessibles, le reste bien serré mentalement ; Un moment passa, il se tourna vers elle pour la chercher des yeux, Louise.

Son prénom, putain. Rien que son prénom.

Elle se glissa plus près de lui, emmêla une de ses jambes sur les siennes, légère, presque impalpable. L’impression de vivre une autre vie pendant ces quelques secondes. La vie de quelqu’un d’autre.

On ne dira pas que tu l’as rencontrée sur la plage à Montpellier il y a deux étés en y repensant dans cette chambre et que tu griffonnes les chiffres de l’année sur ton agenda encore et encore quand tu t’ennuies comme une incantation, de quoi croire en la numérologie, si la chance ne tourne pas avec elle. Et la première lettre de son prénom partout, sur tous les cours et les feuilles volantes.

Un peu à l’écart de la ville, ce camping. Le camping c’est quarante degrés à huit heures du matin sous la canadienne et l’odeur des chaussettes sales.

Quand bien plus tard vous lui écrirez un e-mail d’une ligne tous les ans aux alentours de son anniversaire, au printemps ou pendant l’été (elles naissent toutes au printemps ou pendant l’été) vous repenserez toujours à ce moment là : Votre première fois. On est toujours surpris par la sensation. Je dis toujours comme si on vivait plusieurs vies et qu’à chaque fois cette douceur violente vous coupait le souffle.

Je l’ai fait.
J’ai du mal à le croire.
Je l’ai fait.

(auto-repeat)

Trois secondes, mais je l’ai fait. Mieux vaut une discussion gênée que de rester vierge éternellement.

Il fallait en choisir une expérimentée, doué comme tu étais, à ne plus savoir mettre une jambe devant l’autre en sa présence dans un lieu clos – ou décapsuler une bouteille ou n’importe quel geste quotidien qu’habituellement un singe sait faire en grimaçant.

J’ai serré les mâchoires le lendemain tout au long de la promenade matinale vers les douches communes, ses poings dans mes côtes :
« Alors cette petite ?
Alors, amoureux ?
Enfoiré va.
Bien dormi l’amoureux ?
Bon alors, raconte.

etc
Avec son putain de sourire sur sa gueule. Ce con est joyeux pour moi comme s’il était le roi du monde, lui. Et moi aussi quand il me dit ça. Ta gueule.

Il essaya de se concentrer à nouveau sur la musique, mais le moment était passé, le couplet aussi, et le titre recommençait encore.

A-t-elle seulement dit ça ?

Mon Amour. On dirait. On dirait qu’elle l’a dit. Elle le dit souvent.

26.06.2008

L’eau des pâtes (un printemps indien)

Reine.jpgElle a encore mal égoutté l’eau des pâtes. Encore. Est-ce que je lui dis. Quand même, c’est elle qui a fait la bouffe. C’est pas compliqué. Attendre quelques secondes de plus. Mais c’est elle qui a insisté pour faire la cuisine ce soir. Et elle nous fait des pâtes, comme si on se rendait, comme si on renonçait à tout. J’aime ça mais ce n’est pas une raison pour sortir le drapeau blanc. On aurait pu sortir, à la limite. On est déjà sortis hier soir. Je lui dis quand même.
-    Je sais.
Et ? c’est tout. Elle ne dit rien et regarde son assiette. Elle a l’air de manger, mais ne mange pas vraiment. Tant pis je mange. Je vais aller vider un peu l’eau de mon assiette et prendre le ketchup. Ça y est. Elle n’a toujours pas bougé.
-    ça va ?
-    mmm
-    …
-    Oui ça va.
Sourire triste et fugitif, regard assiette. Fourchette vide. J’ai faim. Fourchette pleine. Fromage en prévision. Pas grave, elle va aller se coucher, dormir un peu, je vais aller la retrouver plus tard, j’aurai regardé un peu le match, elle aura dormi un peu, elle s’étirera tout du long, le long de mon corps. Mes pensées bégayent, je ressasse, je mastique en silence.
-    Je vais te quitter, Guillaume.
La seule chose que j’entends c’est le tintement de la fourchette vide dans l’assiette pleine et la lumière me paraît beaucoup plus glauque. Toute la cuisine me paraît glauque, tout me paraît faux, ces pâtes ne sont pas cuites, elles sont déjà froides, je n’ai plus faim. C’est tout l’appartement que j’ai envie de quitter.

Et ce sel bon marché sur la table me paraît être une insulte. Mon poing se serre mais les couverts ne sont plus en fer blanc. J’avale la dernière gorgée, ça coince.
-    Guillaume…
Elle fait un geste, son corps entier fait un geste vers ma main et moi mais tout le monde se ravise. J’ai envie de pleurer et mon estomac ne réclame plus rien. Je n’ai pas encore envie de boire. Après tout, ce sont juste quelques paroles.
-    Qu’est ce que tu veux dire ?
Et puis plus calmement, sereinement, sous l’implacable poids de la résolution prise il y a des mois, elle me dit :
-    Je te quitte, Guillaume.
Elle détache bien chaque syllabe et c’est aussi insultant que tous ces objets de la vie quotidienne étalés là, à la vue du premier quidam. Je voudrais ne rien dire et continuer à manger mais je ne peux pas. Je peux me contrôler, mais je sais bien que tôt ou tard, je vais lui poser toutes les questions habituelles. L’indifférence ne se joue pas. Elle ne se donne pas en spectacle. Que faire d’autre à part la décevoir encore plus, que faire d’autre à part creuser sa tombe, se débattre. Ne rien faire, ne rien dire et aller se saouler, la belle histoire. Elle me regarde et je lis dans ses yeux, ses beaux yeux bleus qu’elle sait très bien à quoi je pense. J’étais sur un Boulevard, et j’avais le mauvais rôle ; Je ne vois que des impasses.

Elle connaît ma main, toutes les cartes. Et le croupier n’est pas là, dans cette cuisine il n’y a que nous deux, moi assis comme un con et elle en train de creuser ma tombe avec les yeux.

Elle n’a jamais su cuisiner les pâtes.

12.06.2008

Convention, Blues, Notre-Dame

RER 1.jpgJ’y pense dans ce pub à l’étranger. Ne sert à rien de le dire, tout le monde sait ça. Je vais manquer de tact, envie de Célébrer la Word Culture.
Assis au milieu de l’assemblée de la jeunesse – irlandaise, américaine, anglaise, allemande, israëlienne. A ce chœur qui se forme spontanément pour la célébrer – quand ce titre est joué par le groupe résident, ou celui de passage. C’est l’hymne absolu de la jeunesse occidentale. Sans les violons, les percussions résonnent. Toujours, les yeux du chanteur brillent au bout de quelques mesures (l’hymne possède).

Dans ce pub étranger-familier universel, notre pays nous manque. Il est quelque part, on le devine, on le transporte avec nous, mais l’illusion demeure : Un point fixe, au loin, qu’on ne peut pas atteindre dans l’instant.
Que notre pays est ailleurs. Que notre pays est là. L’essence de la civilisation (diminue).


Cet hiver, je suis dans un pub étranger en France. Je ressens la même chose.

Elle est mignonne la serveuse. Ça change tout le temps, ici.
Elle me dit ça d’un air rêveur et en lui souriant, et je me demande pendant un moment si elle n’aime pas aussi les femmes. Mais elle est photographe, elle s’appelle Manon.
Elle me répond : « Manon » d’un air aussi rêveur. Elle est belle comme un tableau de Toulouse-Lautrec avec ses bas neufs qu’elle réajuste toutes les cinq minutes en soulevant sa jupe et en me disant « Excusez-moi ce n’est pas très sexy » et ses yeux d’en bas.

Est-ce qu’elles savent à quel point ça l’est, les-choses-pas-très-sexy ?

Elle me regarde depuis que je suis entré, elle me parle depuis cinq minutes. A peine une cigarette sortie de mon paquet qu’elle vient vers moi, me la prend des mains, sans me dire merci, attendant d’utilisez un briquet (le mien, sans me regarder).
L’impolitesse paye toujours. Elle ne s’arrête pas de faussement danser entre nous deux.

Elle est Bretonne, de belle-île-en-mer.

Nous on est au shots, maintenant.
Reprend un verre.

Elle est mignonne la serveuse. Ça change tout le temps, ici.

Oh tu sais, moi j’habite le 11e, à la Folie Méricourt. Lui se démerde, il est à Saint-Germain. Elle me sourit de plus belle.

On en est presque au one-shot, lui est du genre bad lieutenant, je travaille sur le quai d’en face. Il avait le regard de celui qui fait une roue pour un verre, on se comprenait bien.

Sécurité publique ? Jeux ? Il sourit.

Mœurs ?

Il habite à saint germain, on s’en fout.

Reprends un verre.

C’est halloween et elle me dit :
« Vous faites l’homme sombre ce soir ? »
Je suis sur une chaise dans le coin et je vois toute la salle et je la vois elle danser, et faire semblant de ne pas me regarder depuis un bon quart d’heure. Je vois son mec aussi, à ses côtés, en conversation éthylique avec un ami, un type bedonnant au crâne rasé qui a l’air doux comme une matraque enrobée de sucreries. On dit son compagnon.
La vie est tellement insupportable qu’il est bien d’avoir un compagnon. Ce mot parle, ça t’accompagne.
Plus tard, tu accompagneras ton fils à la rentrée des classes. C’est bien d’avoir un compagnon dans les épreuves difficiles.
Pas plus tard que ça, tu accompagneras ta compagne à la clinique.

On en est là (je suis essouflé) : Elle me dit ça juste après m’avoir pris une cigarette des mains. Je fume trop en ce moment. Elle me prend la cigarette des mains, l’examinant comme si la Lucky Strike allait lui révéler subitement ma nature profonde, mes pensées. C’est là qu’elle me regarde et qu’elle me dit ça. L’homme mort. L’homme sombre. Et ça, me fait sourire.

Etre tricard dans sa ville. On m’a expliqué ça dans un parc pendant l’été 98 (un ancien pensionnaire de Fleury la-belle-impossible). Etre interdit de séjour dans une ville, par décision de justice. Etre interdit de séjour chez soi. Etre interdit de séjour dans sa ville. Etre tricard dans sa vie. Dans la vie désirée de l’être.

Notre-Dame.

L’amour c’est du sperme, de la pisse, de la sueur, tout ça mélangé et un sourire, c’est aussi ça, maaarylou.

Elle a les yeux évasifs et patients de celles qui ont beaucoup roulé. Elle ne compte pas, moi non plus.



Il y a trop de mois déjà (une autre, bien plus importante) :

Elle a évoqué les choses qui abîment, ma princesse, l’automne dernier. Les choses qui abîment qu’elle n’a pas eu le temps de me dire. Love, Love, Love, tu te souviens. Qu’elle ne voulait pas me dire. Les choses qui abîment un peu plus : j’ai pensé à elle, ce soir là. Eu envie de lui crier peu importe, ne me le dit jamais, je le sais. Eu envie de l’embrasser, mais comme tous les soirs, elle n’était pas là.
Et alors moi je me trimballe ton petit fantôme, et je peux sourire et rire et aimer. Tu m’as redonné vie. Tu vois bien qu’il ne faut pas dire les choses, c’est ridicule. On sait juste qu’elles sont là. Avant c’était moi sans les couleurs RVB. Moi en PAL et certains l’ont vu. K-O. Tu sais tout ça. Voilà tout ce que tu es : Une fille qui m’a offert le plus beau sourire alors que je n’étais qu’un boxeur à terre, la gueule un peu tordue. Le plus beau des sourires, gratuitement. Il s’agit bien de noblesse, princesse.

Et moi : Je, bien plus que moi. Je te rends la monnaie, gratuitement, j'essaye.

Et merde ;)

:

podcast
(N.O.)

07.06.2008

L'amour contrarié ? L'histoire de ma vie

(Extrait personnel du Good Ol'Time)
- Non mais tu trouves pas que t’en fais trop là ? (ma mauvaise conscience cynique sera jouée par un tiret)
Moi : Il faut bien les vendre, ces pixels.
- gna gna gna, n’importe quoi.
Je venais de me souvenir de mon premier flirt, aux âges préhistoriques du début des 90’s
- Déjà, tu mens, c’était en 1995 t’es pas si vieux que ça, te fous pas de leurs gueules mon vieux.
Hum euh.
- Pauv’ faux blasé de merde, vas y déballe.
Alors y avait cette fille, elle s’appelait Vanessa, comme dans la chanson éponyme.
- Ouch, cte cliché, tu espères faire croire ça à qui ?
Ta gueule, laisse moi finir. Bon, Vanessa était brune, avait des petits seins*, était mythomane, cyclothymique au-delà du raisonnable, une petite métisse punkette en jupe droite noire et doc martens, deux amandes à la place des yeux, et une petite mèche rebelle qui…
- Ouais bref, t’étais cuit mon gros.
Tu peux le dire. Dès le départ ça sentait le roussi. Mais bon, à 15 ans, tu me pardonneras. J’étais pas le vieux chêne expérimenté-inébranlable que je suis devenu entre temps, montrant aux jeunes qui veulent bien écouter la voie à suivre d’une sobre et implicite main tendue vers l’horizon (à gauche).
- Hein ?
Tu m’écoutais pas ?
- J’étais parti pisser, ‘xcuse. Alors métisse amandes jeune chêne, on y est. L’action commence. Enfin j’espère.
Bah s’ta dire, j’aurais bien voulu, c’est pas faute de la harceler et d’lui faire des regards de grand brun ténébreux.
- Mouhahahaha, excuse moi, continue mec.
Bon on a joué à chat et à la souris pendant un an tu vois le genre. Malgré mon approche romantique et pleine de tact, j’ai pas réussi à négocier l’obstacle.
- L’obstacle ? traite la de jument tant que t’y es.
ça va, c’est pas toi qui va faire la prude.
- Hum, c’est vrai. Ça me fait penser à ce que me disait parenthèse, une mauvaise conscience de fille, une amie. Elles sont beaucoup plus trash c’est clair.
Une amie ? tu veux dire… ?
- Hein ? non non, bon on dévie là.
Je suis sûr que t’aimerais bien.
- Non c’est une amie, on s’entend bien c’est tout, sans plus.
Hé hé hé hé Tu lui fais la plus vieille feinte de la terre là. Je me demande comment des gens y croient encore. Il n’y a pas que moi qui suis inébranlable hein.
- Tu penses vraiment que c’est avec ce genre de jeu de mots que tu vas les faire rire ?
Non, c’était entre nous ;
- Bon allez accouche là j’ai envie d’aller voir le film de la hunne.
Ouais bref tout ça a fini en eau de boudin.
- Antillaise ?
Non métisse indonésienne chai plus quoi.
- Aïe aïe aïe.
Je te le fais pas dire. Alors un jour plus de nouvelles, elle change de bahut, va en internat, ouais elle était un peu barrée comme moi mais je reste dans le public, honneur oblige.
Et au bout d’un an ou deux, une lettre d’une jolie écriture mais je tilte pas tout de suite, elles écrivent un peu toutes pareil, tu sais...
- ouais, tu écris comme elles aussi, pas vrai l'pompeux ?
hum, bon j’ouvre la lettre et là elle me ressort un pitch de série pour ado qui lui a fait penser à moi. Enfin à notre histoire avortée on va dire.
- Comme quoi, plutôt bien vu.
Mais ta gueule. Voilà ce qui l’a empêchée de sortir avec moi : La peur.
- C’était évident dès le départ.
C’est vrai que je suis beau, il n’y avait que ça, j’aurais du y penser.
- T’enflammes pas coco. C’est juste l’âge. Mouarf. Bon c’est tout ? fin de cette histoire minable ?
En fait… pas tout à fait.
- Ouais, je sais. Pourquoi tu crois que je suis là ?
Cheers.
- A tes amours.

podcast
* et les a toujours deux enfants plus tard. Elle vit en couple dans un appartement de la région parisienne, heureuse et plus punkette pour un sou (quoique).
Elles ont le droit de faire ça quand on pose notre regard sur elle à quinze ans ? on est pas au sultanat d’oman ? ah ouais, merde, j’m’habituerai jamais.

04.06.2008

Convention, Blues, la transition dure

737806408.jpgEngagement en deux camps : Ceux qui assument et ceux qui n’assument pas. Ce que l’on cherche pour passer le temps, sans vraiment le vouloir (ou camp numéro deux : l’engagement qui fait passer le temps sans vraiment le vouloir).
Ceux qui attendent d’être au pied du mur. « Tu as trente huit ans, il est temps d’en faire un, Mademoiselle »
Tu as dix sept ans, tu dois rendre ton commentaire de texte pour demain.
Il est 22h20. Qu’est ce que tu fais. Fume une cigarette, écoute encore un morceau. On a tout le temps. Toute la nuit.

En ce moment, je collectionne deux choses, les magnets maillots de football sur la porte du frigo. Ils les donnent avec les paquets de pitch. Une réminiscence des premiers étés de découverte du beau sexe (pas le premier, le beau, le superbe sexe) (la pièce de théâtre perso, la bonne, s’appelait Dialogues avec un clitoris. Voire même Débat-conférence en présence de clitoris, vagin, point G, et nombreux guests.
Les Monologues, c’est de la merde pour stupide vierge effarouchée mal chanceuse.
- Mais aucun psy dans les environs, alors je ne sais pas très bien ce que ça peut vouloir dire, cette attirance pour les gâteaux sponsors du basketball.

Je collectionne les capsules Leffe et Veuve Clicquot etc, vous avez compris le principe, une de chaque de tout ce que je bois. Ça reste là dans le tiroir à couverts de ma vie décalée-si-peu quand je décapsule une bière à deux heures du matin ou quand je sers le champagne au couple pacsé (bientôt au pluriel, les pacs se reproduisent sans fin). Juste avant de servir le gigot en boite.
Mettez vos verres sur des sous bocks, vous allez rayer la table.
Mettez vos talons sur mes épaules, vous allez rayer le parquet. Un talon mord la chair nue d’une épaule (c’est pour la touche réaliste de la note) d’un bon maître de maison.

On sert tous à quelque chose :
Sers toi de moi, sers toi de moi pour passer à autre chose, sers toi de moi pour faire un enfant. Sers toi de moi pour réparer ta chaudière. Pour te payer une bière. Sers toi de moi pour entendre que tu as un beau cul. Sers toi de moi pour te conduire au boulot.
Pas de raison d’en vouloir à personne, on le fait tous. Chacun se sert de l’autre, plus ou moins longtemps. Sers toi de moi pour réaliser ton idéal de vie. Sers toi de moi pour porter tes courses. Sers toi de moi pour te voir sublime et trempée.

On rêve, puis on obtient ce que l’on veut. Et le moment passe.

L’intensité.
Où est passée ta putain d’intensité ? La question que je me pose depuis des années.
Il faut se faire mal pour se rendre heureux. Il m’a fallu presque trois décennies pour le comprendre, pas seulement pour le ressentir. Ne sert à rien de parler, sauf pour se faire du mal.

Quand est-ce que le cœur bat, plus jamais. C’était addictif dès les premières fois. Un drogué passe sa vie à rechercher le premier blow. La fois où tu as faillis te perdre (chevaucher le dragon pour les plus chanceux) (Pourquoi nous parle-t-il d’une relation avec un dragon ? C'est de la zoophilie antique asiatique ?). Prêts à supporter une vie de bureau pour retrouver le goût de cette fois là. Des bravades toujours et puis on le fait. Sourions le jour où on réussira à s’enfermer dans une quelconque relation.

Tu ne sais pas toi-même ce que tu veux. Toutes les leçons apprises parfois, ne servent à rien. Toutes les leçons apprises des maîtresses. Les maîtresses très XXème de l’Ancienne République. Celle qui se penchait sur toi (sautant du coq à l’âne…) pendant une soirée au public house pour te susurrer à l’oreille : Je n’ai rien sous ma jupe sauf un porte-jarretelles. Et sans te laisser le temps de répliquer puisqu’il n’y avait rien à en dire, de se détourner et rire et sourire à nouveau aux amis aux conversations trinquons trinquons à nos vingt ans et aux temps très long encore avant de consommer – et surtout inestimable : encore deux heures avant d’être raccompagné en voiture par l’ami ? trois heures ? fermeture du pub ?
Les vingt ans les plus bandant de la création. Chez certains, l’érotisme est inné. L’acquis des autres ne remplacera jamais ça, ou bien trop tard.

Je bois au 23e au 24e et à celui de la 25e heure.
Je ne suis pas quelqu’un qui compte.



Pour être épanoui, il faut toute la panoplie ou plutôt pour être épanoui toute la panoplie ne suffira jamais. Sextoys, amants amantes (veaux, vaches, cochons), télévision numérique terrestre, Weblogs, aventures extra concubinage. Fantasmes, fouet, martinet, martine à la plage, martine dans le bus, martine dans le photomaton, martine devant un couple d’amis, martine sur le canapé, martine derrière le canapé, martine sur le plan de travail.
« « seul », tout est possible »

Quand elle met ses talons les plus hauts dans mon salon, et qu’elle se déshabille complètement, perchée sur deux hauts souliers noirs vernis, je n’ai pas envie d’acheter un monospace. Noirs dans la pénombre, plutôt dans le bleu marine à la lumière du jour d’après. Ça tanguait. Je détourne même le visage de Firefox et de Roland Garros pendant quelques minutes. Toujours prêt à aider, boyscout.

Quand le dernier français sert pour le match, je caresse encore un fantasme. J’oublie l’heure vers 18 ou peut être 21 heures. Faire ça à jeun mérite bien quelques verres, après avoir apprécié sa chance.

Je suis facile et je n’ai plus rien à fumer.

Baiser, regarder des divx, boire tous les jours. Ça a l’air d’un putain de programme.
1502664084.jpg

Ce n’est pas impudique, c’est le moins beau. C’est la partie la moins émouvante. Tu as envie de commettre un attentat parce que tu en vois trop par ailleurs, de ces images, utilisées à mauvais escient et tu voudrais une excuse mais tu n’en as pas. Je vais me regarder dans un miroir : Prends des poses, connard. Là, je ne m’aime pas.

Allons au bout des désillusions complices.

Réminiscences de brutalité - grimaces - boucle de temps sans engagement (illimité comme les vieux forfaits millenium de 1999) (mais forfaiture) (filons les associations d’idées) (filons, in fine). Boucle dans la boucle de temps (motifs sur motifs sur motifs qui se répètent).

Speak loud and clear, beautiful, ça peut faire mal si on le veut. Si on veut faire le deuil de deux de ses premières vies en 24h, la durée d’un jour noir de l’âme, de minuit à minuit (qui dirait ça ?).

Allons au bout des désillusions complices : Pour ça, seules ma tasse de café et les quelques minutes de musique existent pour moi. J’y pense tous les matins en ne me rasant pas. Encore.

Lovely Day ? J’emmerde Bill Withers. J’emmerde tous les Bill. J’écris.

Fuck me and never know. J’aime les matchs de ping pong.

podcast

31.05.2008

L'Adieu aux armes

19532176.jpgIl arrive même aux portables dernier cri d’avoir une mémoire surchargée (par mimétisme avec leurs propriétaires ?). J’ai dû faire un peu de ménage.
Code is 32 87 B. Then
press for Gaudart at
other door.

Mardi 27 juin 2006. Premier match à élimination directe. L’Espagne, meilleure attaque du premier tour avec 8 buts rencontre l’équipe de France à Hanovre. Dans le même temps, les bleus ont marqué seulement trois fois, par Henry et Vieira. L’équipe de France peine à trouver un fond de jeu, mais sans Zidane contre le Togo, il semblerait que les français aient trouvé une motivation supplémentaire et une certaine cohérence.

Au tour d’après, le 1er juillet, ivresse contre le Brésil, samedi soir en France, chaleur estivale jusque dans le ventre de la nuit, sur les quais de Seine.

Ce jour là je suis déjà bien en train et je prends le volant sur quelques kilomètres à allure modérée. Je ne veux pas rater la fête qui se prépare. Dans un pub du gang des Irlandais de Paris, sur la rive gauche.
Ça fait presque trois mois de célibat, je fais beaucoup de sport, on voit presque mes abdominaux, je suis presque bronzé et je sens bon le sable chaud et la noix de coco (mon gel douche). Non, en vérité, je suis aussi serein qu’un cheval de bois. Les jupes courtes et les jambes longues dans la rue ne me font aucun effet.
Je suis dans ma caverne avec mon animal porteur de force.

Je fais couler le champagne pour quelques unes de mes collègues de comptoir, encore inconnues. Deux américaines qui visitent Paris en couple, très engageantes. Je flaire le bon coup, comme un vieux renard des surfaces, et je copine avec elles, ayant déjà repéré Ashley Madison* sirotant son Bombay Sapphire™ derrière le très affable et sympathique (en bonne santé) couple de blondes de l’Iowa. Dans mon cerveau de beauf reptilien, je pose une équation à deux inconnues
Comptoir + football + deux américaines = champagne.
Plus tard, enfin seuls, quartier latin.

- Oh, your eyes… I wanna touch you all night long.
On sait qu’il n’y aura pas plus. On sait qu’il faut déjà se préparer à partir.
(…)
Me croyant malin, je la regarde et mon sourire plisse mes yeux :
- You seem nervous
- Oh it’s just…
You know…
- What ?
- Well, we are going to fuck, aren’t we ?

(owned)

Les filles du Nord de l’Angleterre. Leeds. Je ne veux pas généraliser. Mais disons qu’elles ont une certaine réputation. On est loin du charme discret ou en tout cas dans la finesse de nos limeuses nationales. Le genre à roter en allant prendre une douche salutaire dans la plus simple tenue au milieu du salon au bout de quelques heures d’intimité. Mais romançons un peu : après dix ans de maternité et de services sociaux, chez nos voisins sacs à bière et mauvais amants la belle infirmière entama un tour du monde en commençant par Paris et nos compatriotes avinés et mauvais amants. Sa chambre de bonne est un trois pièces dont le double séjour pourrait engloutir deux fois mon studio. Il y a des avantages à être nurse pour un richissime couple habitant à la seule adresse convenable à Paris, les Champs-Elysées.

Un vrai sac à vodka, mon foie pourtant agréé par les AA a du mal à suivre le rythme, et pour la partie qui peut se préparer, il faudrait rester dans les limites autorisées par la loi des corps. Elle se déshabille et s’allonge sur le lit, bien au milieu, et me regarde l’air de dire en avant, j’attends de voir ça. Elle a son regard impassible, je me demande si elle n’a pas trop bu, mais apparemment non, c’est un peu Clint Eastwood, avec des seins. J’arrive à la dérider un peu, vous avez deviné.

Mais je ne vais pas vous mentir, je n’ai pas été très bon amant cette nuit là. L’alcool, une première fois comme une autre, posez moi un flingue sur la tempe pour que j’arrive à terminer l’entreprise.

L’Italie arrive en finale. Finalement les deux équipes les plus critiquées dominent le mondial. Ce n’est pas un hasard. Je repense au brésil vexé de 2002, et le plus vexé de tous, Ronaldo que l’on donnait pour sportivement mort, marque deux buts en finale contre l’Allemagne quatre ans plus tard et finit meilleur buteur du tournoi. La France pour laquelle personne n’aurait parié un rouble en 1998. En 2006, le football italien discrédité par les affaires, et les vieux grognards français dont on se demandait s’ils pourraient vraiment courir 90 minutes : Match nul 1-1.

Pour paraphraser Nicolas Rey, un résultat sportif est une invention stable qui ne varie pas au fil du temps, un résultat sportif est immuable, on ne le recommence pas, on ne l’efface pas. On ne refait pas le match. Le grand match de la vie. Et avec le temps, nous nous rappelons seulement les bons moments.

14.05.2008

- Quand tu disais ça…

-    Je sais.
Je ne voulais pas te blesser.
-    Oui mais, pfiou. Il t’a écrit. Tes ellipses et ta petite culotte, et ces conneries…
-    Guillaume. Tu te fais du mal.
-    Je me fais du mal ?
-    Il ne fallait pas regarder si tu ne voulais pas voir certaines…
-    Putain…
Il s’écarte et souffle. Elle le retient par le bras. Ça fait dix minutes qu’elle tient son bras, sans le lâcher.
Ils sont tous les deux assis sur un trottoir sec, elle regarde autour d’elle, voit les gens qui passent, elle se dit on a l’air un peu couillons, assis sur le trottoir devant chez nous. La voisine va nous voir. Qu’elle aille se faire foutre.
-    Il travaille toujours là ?
-    Je t’ai dit, il est dans un autre service.
-    …
-    Je le vois une fois par semaine, à peine. Et encore.
Elle regarde ailleurs, impatiente. Impatiente ?
Il aurait envie de partir. Il a envie. Il a envie de lui faire mal à quoi bon. Il pense que lui aussi, a failli la tromper il y a trois mois. En juin. Il repasse mentalement toutes les soirées où ça ne tenait plus qu’à un fil, leur couple. Ces soirées à jeter. Ce mois à jeter. Retour en arrière.
Failli.
Alors ce soir là, quand elle n’est pas rentrée. Il serre les dents. Un connard qui n’en a rien à foutre. Pourquoi veulent-elles toutes la même chose.
-    Guillaume…
Il ne tourne pas la tête, il sait ses yeux. Il ne faut pas qu’il la regarde. Son putain de regard. Il a envie d’elle déjà. Ne pas la regarder. Il joue à faire une marque droite dans la poussière avec l’angle élastique de ses baskets. Ça aussi, il a envie de les jeter.
Il se tourne vers elle, il voit bien qu’elle ne sait plus où elle en est, qu’elle a peur de sa réaction. Ses yeux brillent un peu et font de minuscules aller-retour entre les siens, son visage, ses bras, son torse, discrets. Elle s’humidifie, se mord les lèvres, n’en sait rien. Elle a l’air d’attendre le verdict au bout du compte, au bout de tous ses jeux, elle a l’air d’avoir tout prévu à l’avance.
Lui a la mâchoire douloureuse. Il pourrait l’écraser là, devant la voisine qui regarde par la fenêtre – il l’a vue. Lui casser sa putain de belle petite gueule, quelque chose lui comprime le cerveau et ce serait un acte irréfléchi, sentir ses poings, détruire, autant détruire tout ça, ce qu’on aime par-dessus tout, sans pitié, ne pas y penser, faire ce qu’un corps réclame, le moi prisonnier de la carcasse.
Quand ils font l’amour il y met toute sa rage et elle jouira comme jamais. Sans un mot, cette fois-ci.

10.05.2008

Convention, Blues, ligne de nuit.

C’est ça. On a à peine le temps de prendre une inspiration, il faut replonger. Le savoir d’avance ne me fait ni chaud ni froid. La grêle dix minutes ? Je le savais. Demain il fera beau, je le sais. Le mauvais coup sourit. D’ailleurs, dix minutes… Il fait toujours chaud. L’orage a une influence assez électrique sur nous. C’est un jeu stupide dont je connais les règles par coeur. Trop : Ça fait longtemps que ça ne m’amuse plus, intellectuellement. Le gosse ricane. Fait du théâtre pour les passants si tu veux.
Un jour, j’ai gagné à Vegas. T’es blasé, connard ? Je le suis. Et tu ne sauras jamais pourquoi. Je sais.

Physiquement ? J’ai 27 ans (twenty seven) et pas un mois à perdre. Jouer des parties sans enjeux de temps en temps. L’habitude d’être impassible (on le sait, entre joueurs, hein ?),  de ne rien montrer par un regard, en se passant la main sur le visage etc, vous savez ce genre de choses que font les amateurs.
Les autres vont voir qu’on bluffe, sinon. Les amateurs qu’on plume.
Et puis on se prend au jeu. Avec les vieux réflexes.

Road Trip est un bon teenage movie. Il y a cette scène dans le bus quand la jolie blonde sûre d’elle et patiente et amoureuse et endormie en travers de deux sièges du Greyhound pour rejoindre le mec qu’elle aime, entre deux histoires (lui).
Elle se fait lécher le pied nu par un mec de la rangée suivante.
Le bus est endormi presque entièrement.
Et elle dit :
« Est-ce qu’il n’y a pas, sur cette terre, UN SEUL MEC normal ? »
Elle dit ça en VF.
Et ça me fait rire. Ça me fait rire…

La grand-mère noire de la travée gauche lui offre un vibromasseur pour la consoler. Le dernier type auquel j’ai fait confiance, c’était en 1985. Et il est parti avec mon mini-van. Vous savez, les mini-van anciens, solides, ceux qu’on ne fabrique plus.

Je pense à un autre air, plus simple et humble, en tête.

Ça fait :
The moment I wake up
Before I put on my make up
And wondering what dress to wear, now


Quelque chose comme ça. Ça me fait penser à elle. Je l’imagine, dans un bus. Non, je sais qu’elle est dans ce bus, inlassablement, tous les matins.
Le matin, inlassablement en train de choisir la robe qu’elle va porter aujourd’hui. Parce qu’il fait beau. Pour toute la vie, beau et quelle robe porter ?
Inlassablement, vérifiant son maquillage.

Ça continue comme ça :
I run for the bus, dear.

While riding the bus, dear.

Tu m’as appelé chéri.
While riding, I think of us, dear. I say a little prayer for you.

Je n’ai même plus besoin de boire après ça. C’est ce qui me déprime. Ressentir de moins en moins. Comment vais-je finir, à réclamer des coups pour me sentir vivant ? Le bonheur est bien trop facile. Faut se faire mal. Ouais, bonne idée disent les amis !

Allons chasser les ombres. Oui, mais on peut venir avec quelqu’un dit l’invité hésitant ?
Mais bien sûr. Tu viens avec qui tu veux. Je t’invite, alors évidemment. Avec plaisir.

Je bois avant la fête. Night time.

05.05.2008

Convention, Blues

Je connais un air de blues par ici. J’ai envie de le jouer aujourd’hui. Quand j’écris sur ce canapé, dans la pénombre, il y a du beau je (tu causes). Des chutes. Des notes que l’on connaît déjà. Carambolage. Crash.

Tu te rappelles comme sur le papier, tu as bien appuyé sur le R de Crash pour pouvoir te relire.

J’ai quand même trouvé le temps d’écrire quatre pages de merde, ce week-end. Poubelle. Heureux. Des pages de merde. Mal à l’estomac depuis vendredi. Je préfère raconter ça.
Je pense hier soir à Elle ; Elle n’a pas pu garder la petite culotte, la bas de gamme avec des cerises imprimées. Elle n’était plus blanche, mais transparente et bleue par endroit, mauvais tissu. Le reste de la lingerie, elle a dû la garder et s'en servir avec d'autres. De l’argent, des symboles moins fort que le temps des cerises. Je ne sais pas pourquoi j’y repense maintenant. Ça fait des années, et j’y pense. Ça fait quatre ans ces mois-ci que je ne l’ai pas vue. Sans compter la fois où je l’ai reconnue et aperçue dans une rame 1 qui filait vers la défense l’été il y a trois ans. J’étais accompagné moi aussi, plutôt bien. Mais il fallait que ce soit moi qui me retourne vers la rame quelques secondes après qu’on soit sortis quand le métro commence à rouler. Putain d'instinct de chien. Il fallait qu’elle soit avec lui. Alors, c’est lui. Il fallait qu’elle rit aux éclats à ce moment-là, serrée contre lui. Je ne sais plus à quel temps écrire.
Elle ne me voit pas. Elles sont myopes, elles le sont toutes un peu.
Une de dernières phrases vraiment sincères qu’elle a eu pour moi fut :
« J’ai dû jeter la petite culotte, tu sais, celle… »
Elle me rappelait trop…

On a fait l’erreur d’être heureux du premier coup. On s’est trop aimés. Trop de pression pour pouvoir continuer. En écrivant ici ces dernières phrases volées je sais pourquoi j’y repense maintenant. Si je te fais marrer comme ça, pourquoi on est pas ensemble ?

Il y a un an elle m’écrit en réponse : « Je regarde les rayons des librairies, j’ai un peu peur. Qu’est ce que tu fais en ce moment ? »
Il y a au moins une personne qui devine mon début d’idée de faire quelque chose et l’anticipe un an à l’avance sans me voir. Une personne qui pense qu’éventuellement, oui, et que ça va la toucher, forcément. Une personne sur cette terre. C’est pas mal, une personne.
On a jamais parlé de ça, avant. Peut être deux fois en cinq ans « Ecris. Tu devrais écrire ».
On écrit tout à quatre mains, et en fait, bien plus.
Non, je n’ai rien de spécial à raconter.

Il faudrait dire le hasard et la conjonction des évènements de ce week-end, mais c’est le banal de l’histoire. Il y a cette (autre) femme. D’autres qui dorment, quelque part.
-    Tu es parti l’autre fois.
Elle dit ce reproche en se rapprochant beaucoup trop dans ce bar du XIème. Ça fait deux ans.
« J’ai envie de me faire pardonner »

J’ai 27 ans, 22 ans, 15 ans, 8 ans, It’s all in me. J’ai 35 ans.
Est-ce que tu peux te faire pardonner d’une quelconque manière en la rendant amoureuse plus qu’elle ne l’a jamais été, dans la dizaine d’heures qu’il faut pour une journée parfaite : Logique humaine. Se faire pardonner en faisant le pire.
Rien d’autre à dire l'autre fois que tu mérites mieux que moi et plus qu’être vrai, c’est la pire chose à dire à quelqu’un quand on s’en va. Alors on se tait.

Apparemment, à 27 ans tu es toujours jeune avec tous les défauts. Peut être qu’une de ces nombreuses fois d’après, tu t’arrêtes au bon moment, celui où elles jouissent seules, en silence, en tremblant.
Toi, tu ne la touches plus – il ne faut pas. Tu retiens ton souffle, volontairement.

Tu fais ça à une fille qui n’a que peut être que 3 ans encore pour faire un enfant. Connard. Je crois que je m’aimais encore il y a quelques mois. 3 ans, 36 mois.

Il y eut cette fois, rapide, pour se dire bonjour. Un coït brutal de politesse parce que deux corps qui s’attirent. Après, tu ne t’en souviens plus.
Peut être que tu as acheté un Cheval Noir pour 7€40 – bon deal - et un paquet de cigarettes en bas dans la rue, à moitié drogué, voyant les autres transpirer enfermés dans les bus. C’est l’heure du goûter hey, oh. Peut être. Peut être que tu essayes de sourire aux enfants et aux passants en puant la chatte à deux mètres.

Comme un anti-héros à la mode. Mais tu es dans la vie réelle. Il y a de la gravité. Il n’y a pas de palmiers, la Porsche au phare avant-droit cassé n’est pas une 911, tu n’es pas écrivain, tu n’as rien écrit. Tu n’es pas toujours ( !) un bon coup nonchalant. Les coups font mal, les larmes de ces jolies filles bien plus que tout. Le mal au ventre, tu l’auras bien après ces quelques jours, mal rasé sous le soleil du nord dans les odeurs de 206 diesel et des taxis trop rares. Plus belle la vie.
Tu n’as jamais eu cette fille qui aurait six ans aujourd’hui avec cette ex cool, vraiment cool, si cool que tu finis par en conclure… Tu ne vas pas la croiser tous les jours, il n’y aura pas de bons mots et de défis faciles pour la reconquérir.
Mais oui, tu la vois en fantôme sur le siège passager, de temps en temps.

C’est la vie réelle. Pas de verbe qui cogne assez fort.

Il y a ces moments magiques, quand tu penses avoir tout dit. Que tu te couches. Son oreiller est humide.
Elle te dit après, j’ai dû pleurer en dormant.
Les faire pleurer. Drôle de métier. Drôle.

Je dis les filles – clin d’œil. Elles peuvent être grandes, plus âgées, être mères. Quand elles couchent avec moi, ce sont des filles. Parce que je suis un gosse.

Je pense aussi on voit dans les autres comme on voit en nous, la plupart du temps avec désinvolture, aveuglement, insouciance, sans volonté. On ne peut pas toujours être concentré.

J’ai fini mon verre somnifère d’un trait. J’ai pensé, et je ne peux pas l’inventer, ça, puisque c’est tellement big-fat-cliché. Il doit être deux ou trois heures du matin : Je pense que plus rien ne bouge, dehors. Je ne pense pas ça, je le ressens, en fait. Le penser vraiment me fait penser aux Nuls.
Elle a ronflé tout à l’heure. Elles ronflent toutes.
Ça, c’est pour la touche réaliste (cul sec).

Fausse impression que tout le monde parle de Dylan en ce moment Oh, whatever makes her happy, I won't stand in the way etc. Et merde. Si vraiment vous voulez, écoutez ça. Souriez, soyez indulgents. J'ai toujours mal au ventre.

22.04.2008

Concorde un peu trop classique

Entendu, si vous connaissez la station de métro, vous entendrez le bruit de la chinoise joueuse de mandoline le soir, dans le grand couloir qui sépare les deux lignes, et le bruit des gens qui se croisent sans cesse, dans un silence relatif. L'air est assez simple.

Parmi eux dans deux sens opposés, cette femme en tailleur, la quarantaine épanouie. Cet homme du même âge environ, qui s’approche à grand pas.

Lui qui rêve. Ne sait pas très bien où il va ou c'est juste son air, il s'approche à grand pas. La reconnaît bien sûr, il n’y a vraiment que lui qui est surpris. Alors il est spontané, et son volte-face l’interpelle - elle n'allait pas le voir.
« Oh »
La bouche ouverte.

… s’arrête et se retourne. Deux enfants coupent le trait imaginaire. Ça parle allemand autour d’eux quelques instants. Quelqu’un lui cogne l’épaule légèrement mais il ne le voit pas.

Elle a une attitude neutre. Le neutre est bien ancré sur son visage. Trop pour ne pas le troubler plus. Qu’est-ce qu’il faudrait dire. Par quoi commence-t-on. Est-ce qu’on a envie de se parler ? Pas eu le temps d’y penser, c’est là.

Ils étaient amis mais… (et avant ça ?). Lui a envie de parler mais ne sait pas quoi dire, alors ils laissent passer quelques personnes. Aucun des deux ne s’approche pour l’instant. Elle sait que si elle prend une décision, il la suivra. La décision de ne pas faire la cuisine ce soir. Ça fait combien. Ça fait dix ans. Onze, Douze… Comme ça. Et puis il y a des choses, qu’on ne peut pas vraiment dire.

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