08.03.2008

La cigarette d'après

1648955107.jpgIl y a quelques années les étés étaient très chauds et humides à Paris.

Fumer cette cigarette, ce serait celle que l’on fumerait après un long footing, une heure après, en attendant que les muscles se relâchent, après une abstinence de vingt quatre heures, étendu dans l’herbe fraîche à l’ombre d’une journée d’été, une légère brise dans les cheveux, le corps repu d’endorphines et d’exercice physique, de contractions, d’efforts et de relâchement complet. Vingt quatre heures d’abstinence et de désir est beaucoup pour un fumeur régulier dans la période où il est accro – c'est-à-dire où il organise, ne serait-ce que très légèrement, sa vie pour pouvoir fumer aussi souvent qu’il le souhaite. La sensation de manque grandissant est elle-même très plaisante. La rupture du jeûne catalyse l’effet de la nicotine sur les synapses. Et d’expérience, on anticipe le flot de la drogue, l’accord de sa respiration, l’accélération de sa circulation sanguine, cette courte sensation de vide/plénitude à la deuxième bouffée.

Voilà à peu près l’effet que fait la cigarette après un orgasme. Abyme entre évocation et ressenti.

Gin tonic, journaux, radio, équipe du dimanche, et son jus.

Il y a celles que l’on fume couchés, le cendrier sur son ventre juste avant la naissance de ses seins, celles que l’on allume avant d’allumer la lumière pour une sérieuse discussion en se rongeant les ongles, mises au point à quatre heures du matin les yeux déjà cernés quand il faut que tu ailles travailler quelques heures après, celles que l’on fume pendant, avachis sur les fauteuils devant les programmes nocturnes, les restes de junk food et de verres à Martini vides épars en continuant à se parler et à se peloter juste assez, à minima, pour maintenir la tension érotique.

Faut-il que je vous dise sa façon d’écouter en suçant son pouce les chroniques matinales sur France inter trois heures après avoir fait un strip intégral en dansant sur une table d'ami, impériale. Je souris en repensant à tout ça, aux infinités de ses vingt ans – et oui, aux miens - qui feront toujours que, tout en sachant l’étendu du désert mental que j’ai traversé par la suite. Et à toutes celles qui m’ont redonné vie comme la marionnette de Geppetto, sans le savoir.

Ça y est, il fallait en finir. J’ai beau m’appliquer, être vigilant et calme pendant la manipulation, j’ai rarement réussi à éteindre correctement une blonde avec filtre. Subsistent à chaque essai des lambeaux de cendres incandescents.

Il y a la cigarette qu’on allume par principe et par désoeuvrement sous la pluie fine de février ou de novembre en pensant à son corps inerte, au bruit de roulement d’une voiture sur les pavés sales, noyés sous la pluie noire.
 
 
 
(Illustration google images, chambre 2046)